«Le paysage désassemblé», Conférence/performance, Partie 2

«Le paysage désassemblé»,Conférence/performance,

invitée dans le cadre du cycle de conférences «Les secrets de fabrique» à l’E.N.S.A. de Paris Val de Seine, Paris , France Retranscription France Culture

Retranscription France Culture :

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L’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Val de Seine inaugure à l’automne 2013 « Secrets de Fabriques », un cycle de grandes conférences publiques. Qu’y a t-il à l’origine de la création d’une oeuvre ? Un besoin, un désir, une idée, une métaphore, une commande… Chaque univers a ses pratiques et chaque concepteur ses mots pour désigner ce moment originel. Les conférenciers, de diverses disciplines et différents horizons géographiques, revisiteront la notion de fabrique et de projet. Les savoirs et les modes de faire, qu’ils soient qualifiés de « fabrique » ou de « création », aux processus restant volontairement mystérieux ou faisant l’objet d’un désir d’explicitation, se distinguent-ils fondamentalement d’un concepteur à l’autre ? « Secrets de Fabriques » invite les intervenants, artistes, praticiens ou théoriciens de l’architecture, de l’urbanisme, de la philosophie, de la musique, de la danse et de la photographie, à déplier leurs « boîtes à outils » et à entrouvrir leurs « tiroirs secrets ».

Lors de la première partie du « Paysage désassemblé » nous commencions à observer divers états des lieux de la création en évoquant le « poïein » ou «la faisance de l’art» en traitant les origines de l’œuvre. Nous parcourions des matières mystérieuses évoquant l’intuition, le voyant, l’innocent, l’ignorant, avec les dimensions du miracle, de la grâce ou de l’indicible. Nous abordions le secret comme une fascination et un pouvoir, la rumeur comme un phénomène de préservation du secret. Nous parlions du mythe comme un vaste territoire de genèse avec la tension qui existe entre imaginaire et réalité.

Nous évoquions « le bricolage » comme principe de la construction, avec ses processus de déplacements, transformations, détournements en intégrant les spécificités du contexte proche et élargi dans lequel s’établissent les actions.

Nous citions l’état du « passage à l’acte », avec faire « le grand saut », touchant à la notion de « panique » souvent concomitante à l’action du passage l’acte.

Nous avions en fond d’écran une course effrénée, en forme de ligne de fuite, de Buster Keaton dans « Seven chances », quand l’alarme d’incendie se déclencha. L’évacuation de l’amphi libéra le public en une « échappé belle » qui laissa en suspens notre expérience.

Pour notre prochain rendez-vous, nous reprendrons cette ligne de fuite comme fil conducteur aux états des lieux à venir.

Nous explorerons une dimension plus concrète, mais non moins sensible, de la fabrication qui marque la défaite du secret au profit des partages du savoir et de la désacralisation de l’œuvre. Nous déterminerons des mécaniques, de la propulsion à l’entraînement, à l’assemblage, à la production sérielle. Nous verrons que l’objet fait œuvre. Nous traverserons la question du temps, celui indéfini à celui très fugace d’un présent immédiat. Nous observerons la fabrication par le phénomène d’hybridation.

J’ouvrirai, pour ne jamais terminer, l’état de l’émerveillement comme un concept universel possible à tout lieu précédemment parcouru.

Un nouveau dispositif performatif sera installé sur la table de conférence, la « table de dissection », où je donnerai à voir de petits gestes artistiques. Sur le grand écran, sous l’impulse du fameux « switch », vous plongerez dans les images des actions sur table ou dans celles des références.

La conférence-performance est un format qui cherche à activer des « senseurs » et des capteurs. Il naît du désir d’élargir les phénomènes de perception du regardeur et de l’écouteur en le convoquant pendant la fabrique. Partager « l’avant œuvre », c’est poser la question du moment à partir duquel l’œuvre se perçoit en tant que telle.

Serait-elle en constante émergence et contenue dans le moment de la rencontre entre le regardeur et l’œuvre ? Ou serait-elle contenue en elle-même ?

 

Continuons ensemble l’expérience de la conférence-performance en explorant librement la question des « Secrets de Fabriques ».

 

* Poïein, (faire)

*Faisance de l’art », renvoie à trois notions, actions de faire de créer : celle de la potentialité active ou passive et celle de l’imitation

*La pensée Sauvage, Claude Levy Strauss, Editions Agora pocket

*Buster Keaton dans « Seven chances », 1959

*Et ce que j’appelle ligne de fuite, c’est ce processus en tant que ligne de création vitale.

Mille Plateaux, Gilles Deleuze. Paris, Éditions de Minuit, 1980

*« Il est beau […] comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie !

Isidore Ducasse, Les chants de Maldoror (Chant VI-§1)

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